| L’impérialisme des USA est plus que visible
dans l’actualité et un thème récurant, mais
ce n’est pas un fait nouveau. Ce qu’on voit n’est que
le résultat d’une construction qui est en marche depuis longtemps.
Les dispositifs de contrôle social et l’établissement
d’une idéologie hégémonique impérialiste
à l’échelle globale sont juste sortis à la
surface parce qu’il n’y avait plus possibilité de les
cacher.
La conférence qui a donné origine à ce texte a été
prononcée au Gymnasium Jack Simpson de l’université
de Calgary (Canada) le 22 de septembre 1998 pour une assistance d’environ
3.400 personnes et transcrite par Greg Harris (), du bureau de communication
de l’université de Calgary, à partir une cassette
enregistrée durant l’événement. Le texte a
été d’abord publié sur le site de l’université
(). Cette transcription a été édité pour pouvoir
être publié.
Le discours de Chomsky n’est pas un discours linéaire, il
est fragmentaire. Ce caractère fragmentaire nous permet de connaître
des morceaux qui constituent la totalité de la scène actuelle
pour pouvoir reconstruire l’histoire par rapport à notre
point de vue. En fait, le texte est un hypertexte où chaque idée
nous conduit à une infinité d’autres. Il a aussi un
caractère visionnaire quand il cite en 1998 les conflits au Moyen-Orient:
"Ces conflits sont susceptibles de devenir plus virulents et
sinistres dans les prochaines années, au moins si l'analyse et
les projections d’un certain nombre de géologues sont correctes."
Le titre déjà suggère le contenu du texte. Quand
il dit : “ Ordre mondial à qui”, il affirme qu’il
y a un propriétaire de l’ordre mondial et laisse clairement
voir qu’il n’y a pas une unité quand il complète
la phrase avec “ visions conflictuelles ”. Ce titre pourrait
très bien être utilisé pour d’autres de ses
textes parce que c’est une thématique très présente
dans le discours chomskyen.
L’objectif du texte est d’apporter des exemples pratiques
qui montrent que l’ordre mondial actuel a été planifié
depuis les années 40. Selon Chomsky :
"À la fin de la guerre, les Etats-Unis ont eu une part
accablante de la richesse et de la puissance globales et, naturellement,
les forces corporatives dominantes aux Etats-Unis ont projeté utiliser
cette puissance pour organiser le monde autant qu'elles pourraient en
accord avec leurs propres conceptions." (Whose World Order)
Mais c’est aussi de montrer qu’il n’y a pas le fatalisme.
Nous avons la possibilité de changer la situation actuelle. Chomsky
croit que la doctrine institutionnelle est de dévier l’attention
du public des problèmes principaux, d’implanter un sentiment
de désespoir et d’amener les gens à développer
des stratégies individuelles de survie :
"(...)peut libérer les personnes pour concevoir et suivre,
s'ils choisissent, chemins très différents. Ceux-ci peuvent
impliquer, et à mon avis devraient impliquer, la dissolution des
centres d’immesurable puissance, prolonger les arrangements démocratiques
bien au-delà des centres de la société de laquelle
ils sont exclus, et peut permettre d’adresser, d’une manière
sérieuse, l'injustice et la douleur inutile qui défigure
la vie contemporaine
et pour démontrer que l'espèce humaine n'est pas un genre
de mutation mortelle qui est destinée à l’auto-destruction
dans une chiquenaude d'un oeil, d'un point de vue évolutionnaire.
Ce n'est pas une perspective complètement peu probable, à
mon avis, dans des conditions régnantes de la vie sociale."
Il commence le texte en disant qu’il va parler de façon brève
d’un certain nombre de points qui sont importants pour la compréhension
de ce que nous vivons aujourd’hui et que chaque point mérite
d’être analysé attentivement parce qu’ils ne
sont pas tout à fait compréhensibles. Dès lors, il
déconstruit la structure du pouvoir en commençant par la
fin de la deuxième guerre mondiale où la structure institutionnelle
de l’ordre mondial, dans laquelle nous vivons aujourd’hui,
a été créée. Cette structure, selon lui, est
un tripode : politique (la charte des Nation Unies), humanitaire (la déclaration
des droits de l’homme) et économique (l’accord de Bretton
Woods avec ses institutions, notamment la Banque Mondiale et le Fonds
Monétaire International).
Du point de vue politique, Chomsky met en évidence l’utilisation
de l’article 51 de la charte des Nations Unies, lequel prévoit
qu’un pays a le droit à l’autodéfense, pour
justifier ses hostilités aux ennemis. L’exemple le plus récent
a été l’invasion du Irak par l’armée
des USA, sous le commandement de George W. Bush (43ème président
des USA, 2001-2005), et ses alliés, où ils ont invoqué
la menace imminente d’attaque nucléaire iraquienne. Chomsky
s’est référé à l’attaque des USA,
sous le commandement de Bill Clinton (42éme président des
USA, 1993-2001), avec des missiles cruiser le 20 août 1998 (un mois
avant la conférence) contre un bâtiment pharmaceutique à
Al-Shifa au Soudan et un présumé camp d’entraînement
d’Al-Quaeda (la première fois que le nom d’Osama Bin
Laden est devenu public) en Afghanistan en réponse aux attentats
à la bombe du 7 août 1998 contre les ambassades des USA à
Nairobi (Kenya) et Dar es Salaam (Tanzanie). Comme les USA n’ont
pas trouvé des armes de destruction massive au Iraq en 2003, la
même chose s’est passée en 1998 avec le bâtiment
pharmaceutique. Chomsky citait aussi l’attaque des USA, sous le
commandement de Ronald Reagan (40ème président des USA,
1981-1989), en Libye en 1986 après une attaque à bombe dans
une discothèque à Berlin. Cela a été, selon
Chomsky, le début de l’officialisation des attaques dissuasives,
dans ses mots :
"Depuis les années Reagan, les Etats-Unis ont officiellement
réinterprété l'article 51, l'article crucial, pour
justifier l’utilisation répétée de la force."
Cependant, Israel a été le premier état à
réinterpréter l’article 51 quand a été
attaqué, le 7 juin 1981, le réacteur nucléaire d’Osirak
au Iraq (avec Saddan Hussein au pouvoir). Ils ont violé l’espace
aérien de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite pour attaquer
l’Iraq. Cette opération a été condamnée
par la communauté internationale, mais rien de sérieux ne
s’est passé contre Israël. Jonathan Steele a écrit
dans The Guardian du 7 juin 2002 : “ Israël a dénoncé
que Saddam Hussein (toujours lui) était en train d’essayer
de développer des armes de destruction massive. Il a réagi
en autodéfense, ce qui est légal sous l’article 51
de la charte des Nations Unies. ”.
Sur la deuxième structure institutionnelle, c’est-à-dire,
la déclaration universelle des droits des hommes, Chomsky dit que
les USA sont les maîtres dans le champ de la relativité.
Chomsky dit :
"Les Etats-Unis écartent un composant fondamental de la
déclaration universelle, complètement, en tant que n'ayant
aucun statut : c'est le composant qui est concerné par les dispositions
socio-économiques, ce qui a le même statut que tous les autres
dans la déclaration universelle, mais les U.S.A n’en conviennent
pas."
Les concepts de “ victimes méritantes ” ou non exposés
par Chomsky et Edward S. Herman dans La Fabrique de l'Opinion publique
(2003) permettent de comprendre mieux ce qu’il a dit sur la relativité
des USA. En fait, le gouvernement utilise les concepts comme un outil
de propagande. Ceux qui sont de son côté ont le droit de
faire tout qu’ils veulent parce que les victimes ne sont pas méritantes
d’être montrées au public. Ceux qui ne sont pas de
son côté sont les victimes méritant d’apparaître
au public pour montrer le niveau de cruauté auquel elles sont soumises.
Nous voyons ces exemples tous les jours dans les médias. Saddam
Hussein est un assassin parce qu’il a tué plusieurs personnes,
mais que dire de Henry Truman (33ème président des USA,1945-1953)
par exemple ? Selon ce dernier, le 9 août 1945, le jour du bombardement
de Nagasaki et trois jours après celui d’Hiroshima, depuis
la Maison-Blanche:
"Après avoir trouvé la bombe (atomique) nous l'avons
employée. Nous l'avons employée contre ceux qui nous ont
attaqués sans avertir à Pearl Harbor, contre ceux qui ont
affamé, battu et exécuté les prisonniers de guerre
américains, contre ceux qui ont abandonné toute la prétention
d'obéir aux lois internationales de la guerre. Nous l'avons employée
afin de raccourcir l’agonie de la guerre, afin de sauver les vies
des milliers et des milliers de jeunes Américains."
La troisième structure est l’ordre économique international.
Cet ordre est appelé les accords de Bretton Woods pour avoir été
signé en 1944 dans une ville de ce nom dans l’Etat de New
Hampshire, aux USA, qui est, comme Davos en Suisse, une station de ski.
Cet accord a été signé par 44 pays dont les principaux
acteurs ont été John Keynes, représentant le Royaume
Unie et Harry White, représentant les USA. Le système de
Bretton Woods a généré deux institutions : la Banque
Mondiale (qui aujourd’hui a généré une autre
institution: la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement)
et le Fonds Monétaire International. Ils ont comme tâche
de libéraliser le marché et d’un autre côté
de contrôler le flux des capitaux. Une libéralisation des
deux n’est pas possible puisqu’ils sont incompatibles.
"C'est le point essentiel - le flux libre du capital crée
rapidement ce que quelques économistes internationaux appellent
un Sénat virtuel de capital financier qui imposera ses propres
politiques sociales par la menace de la fuite des capitaux, ce qui mène
à des taux d'intérêt plus élevés, au
ralentissement économique, aux coupes de budget pour la santé
et l'éducation, à la récession, peut-être à
l’effondrement. C'est une arme puissante."
Les crises économiques subies par le Mexique (1995), l’Asie
(1998), Russie (1998) et Argentine (2001/2002) ont été induites
par ce système de capital spéculatif.
Au même temps que les USA exigent que les pays ouvrent leurs marchés,
ils ferment les leurs. Durant l’administration de Ronald Regan (40ème
président des USA, 1981-1989) les mesures protectionnistes des
USA ont été au mois trois fois plus élevées
qu’en d’autres pays industrialisés ; le subside public
aussi. Parmi les mesures protectionnistes figurent l’interdiction
des tomates mexicaines, les ordinateurs japonais et l’acier international
lequel a été jugé récemment par l’OMC.
Les US ont été condamnés à lever les taxations.
Sur les négociations pour l’établissement d’un
accord multilatéral d’investissement, Chomsky dit :
"Ils projettent de le faire en octobre, dans le secret s'ils
le peuvent; ils avaient essayé de le faire dans le secret pendant
longtemps. Ils ont échoué en avril passé et cela
a causé presque la panique dans des milieux économiques
- il est intéressant d’observer attentivement ce point. Le
Financial Times de Londres, un des premiers quotidiens d’affaires
du monde, a publié un article “ torturé ” après
qu'ils aient échoué au sujet de ce qu'ils ont appelé
la horde des vigilants qui sont tombés sur les pays de l’OCDE
et le monde des corporations était totalement délaissé
face à cet assaut massif par Maude Barlow, et ils ont dû
se replier. Vous devez vraiment le lire, cet article, pour avoir une image
de la panique. Il a également cité les diplomates commerciaux
qui ont averti du danger à moins que cette crise de démocratie
soit surmontée, Je cite maintenant, il peut devenir plus dur pour
faire sortir des affaires de derrière les portes fermées
et pour les soumettre à être entérinées par
les Parlements, comme dans les bons vieux jours. Bien, cela vous indique
très clairement ce qu’il en est. C'est encore jouer avec
la chance - le secteur des corporations - dans leur puissance politique
de leviers des masses, mais cela a laissé les personnes riches
et puissantes effrayées depuis la première croissance démocratique
moderne au XVIIe siècle Angleterre."
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